La naissance du Front Populaire
La naissance du Front populaire se déroule dans un contexte très tendu, marqué par la violence de la manifestation du 6 février 1934 et la peur de perdre la démocratie. En Europe, plusieurs pays basculent dans le fascisme, tandis qu’en France l’extrême droite profite de la crise économique et des scandales politiques pour se renforcer. Face à ces menaces, les partis de gauche — socialistes, radicaux puis communistes — décident de s’unir pour défendre la République.
- Le rejet du politique -
Dès le début de l’année 1934, de nombreuses manifestations contre le gouvernement ont lieu en France. Les manifestants accusent les dirigeants d’être corrompus et les qualifient de « voleurs » et « d’assassins ». La crise économique, les scandales politico‑financiers révélant la corruption de certains hommes politiques et la montée des ligues d’extrême droite, soutenues par des journaux comme L’Action française, renforcent alors la méfiance d’une partie de la population envers les responsables politiques.
L’affaire Stavisky et le rôle de L’Action française
L’affaire Stavisky est un grand scandale financier qui éclate en 1934. Alexandre Stavisky est un escroc qui a émis de faux bons de caisse au Crédit municipal de Bayonne. Il est retrouvé mort le 8 janvier 1934 dans un chalet à Chamonix. Après sa mort, les journaux révèlent qu’il était proche de certains hommes politiques, ce qui provoque une vive colère dans l’opinion publique.
Ce scandale est largement exploité par l’extrême droite pour dénoncer la corruption de la classe politique. Le journal L’Action française, fondé en 1908 et dirigé par Charles Maurras, joue un rôle important dans cette dénonciation. À la fois mouvement politique et journal, L’Action française s’oppose violemment à la IIIe République et utilise la crise économique, les scandales et l’antisémitisme pour attiser le rejet du régime parlementaire.
- La manifestation antiparlementaire du 6 février 1934 -
Le 6 février 1934, jour de la nomination d’Édouard Daladier à la présidence du Conseil, plusieurs organisations aux opinions politiques différentes appellent à manifester à Paris. Parmi elles se trouvent des groupes d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale et des ligues proches de l’extrême droite. Au cours de la journée, certains manifestants transforment le rassemblement en une émeute violente en affrontant la police et en tentant de marcher vers la Chambre des députés. Au pont de la Concorde, les forces de l’ordre, dépassées et sans consignes claires, tirent sur la foule. Ces violences font quinze morts et des centaines de blessés.
- La naissance d'un Front populaire -
Le 6 février 1934 au soir, la Chambre des députés vote la confiance au président du Conseil Édouard Daladier, mais il démissionne dès le lendemain. Pour beaucoup à gauche, cette démission montre que les manifestants ont gagné et qu’il existe un vrai danger pour la démocratie. Des comités antifascistes se forment alors, réunissant socialistes, radicaux et d’autres groupes de gauche, convaincus qu’une tentative de coup d’État visant à instaurer un régime autoritaire a eu lieu. Le 12 février 1934, socialistes et communistes manifestent ensemble contre la menace fasciste : cette union marque le début du Front populaire.
